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Une petite pièce svp !

Une petite pièce svp !

Ce blog est destiné à la promotion de spectacle, faire découvrir de nouveaux artistes, vous faire part de mes coups de coeur et surtout vous donner envie d'aller au théâtre.


Rencontre avec ... Nicolas Briançon

Publié par TARDIEU LAURENT sur 4 Avril 2016, 13:35pm

Catégories : #interview

copyright laura cortes

copyright laura cortes

Il y a de ces rencontres qui vous bousculent, vous émeuvent, vous font ouvrir les yeux et vous donnent la force et l'envie de continuer ce beau métier ... Faire du théâtre !

Bonjour Nicolas, peux tu te présenter ?

Je m'appelle Nicolas Briançon, je suis comédien, metteur en scène et directeur de festival.

J'ai 53 ans et globalement ça va pas mal -rires- Je fais ce qui me plaît, ce qui est un privilège énorme.

Quel est ton parcours ?

T'as du temps ? -rires-

J'étais pas du tout profilé pour faire cette carrière. Je veux dire par là que je viens d'une famille plutôt bourgeoise mais qui n'allait pas du tout aux spectacles, je vivais en province en changeant très souvent d'endroits au grès des mutations de mon père.

Mes parents n'allaient pas au théâtre, ni au concerts, on allait pas voir de spectacles vivants. Je ne sais pas ce qu'on faisait d'ailleurs -rires-

Un jour, je ne sais pas pourquoi, mon père m'a pris par la main pour aller au cinéma, ce qui était déjà un évènement historique, et on est allé voir "la flûte enchantée" que Bergman a mis en scène pour le cinéma. Et là, ça a été comme dans les films, je suis rentré à cette séance à 14H et à 16H30 quand j'en suis sorti, j'étais différent.

En tous cas, c'est là que j'ai compris qu'il existait un monde parallèle, qui me paraissait beaucoup plus intéressant que le monde lui même, et j'ai eu envie de me plonger dans cet univers là.

De ce fait, j'ai commencé à m'intéresser en premier lieu à l'opéra. J'ai été zoné autour de l'opéra de Bordeaux où il y avait une discothèque et je louais des disques, que je ramenais à la maison, pour écouter de l'opéra, à la grande stupéfaction de mes parents. Je devais avoir 15 ans et je revois ma mère entrant dans ma chambre en disant "oh mais qu'il arrête de gueuler celui là". -rires-

Mon lycée de Bordeaux était jumelé avec un lycée à Munich, je suis donc parti en Allemagne. Je suis tombé dans la famille d'un critique musical a qui j'ai tout de suite parlé de "la flûte enchantée" qui était mon seul repère à ce moment là. Il m'a envoyé, avec son fils, toute la semaine à l'opéra et ça m'a permis de voir de trucs de dingue, les noces de figaro, la flûte enchantée, la tosca etc...

Je suis revenu à Bordeaux,,et là, le patron de l'opéra de Bordeaux qui m'avait plusieurs fois traîné dans l'opéra et à la discothèque m'a demandé si je voulais pas faire de la figuration.

Mes parents étant d'accord, j'ai fait de la figuration dans "Falstaff de Verdi" et c'est à ce moment là que j'ai découvert le théâtre en tant que "lieu".

En plus le théâtre de Bordeaux est un des plus beaux théâtre au monde. C'était un endroit de jeu extraordinaire pour l'ado que j'étais. J'y ai tout découvert, la musique, les costumes, l'angoisse des comédiens avant le lever de rideau, les danseuses... Je me suis dit c'est là que je veux vivre, c'est dans un endroit comme ça que je veux être. Ca paraissait beaucoup plus marrant que les filles de mon lycée.-rires-

Paradoxalement, je me suis mis a bien bosser au lycée pour qu'on me foute la paix et qu'on me permette d'aller faire de la figuration. J'en ai fait aussi bien pour des spectacles prestigieux que pour des spectacles montés en trois jours.

Je me suis inscrit a des cours de théâtre et un ami de ce cours a voulu tenter le concours du conservatoire de Bordeaux. Il m'a demandé d'être sa réplique, et au final c'est moi qui ait été retenu.

Ensuite mon père a été muté aux Antilles et moi j'ai rejoins mes frères sur Paris.

Et là on m'a dit "qu'est-ce que tu veux faire?" et j'avoue que je m'étais jamais posé la question jusque là.

Je me suis inscris dans une fac, où je n'ai jamais mis les pieds, et j'ai été prendre des cours de théâtre pendant un an puis je suis rentré au conservatoire. Au bout de deux ans j'en suis parti parce que j'étais tombé amoureux d'une fille que j'ai suivi dans une compagnie dans le Sud-Ouest.

Je suis revenu à paris, j'ai passé tout à fait par hasard une audition à la comédie française, j'ai été pris, j'y suis resté deux ans, après j'en ai eu marre et j'en suis parti. En fait à l'époque, tout ça me semblait très naturel.

Ensuite un pote m'avait branché avec Jean Marais qui cherchait un assistant car il montait "Bacchus de Cocteau" et au final, au bout de trente minutes d'entretien il m'a proposait le rôle.

Je me suis d'ailleurs beaucoup rappelé de cette histoire là, de la confiance extraordinaire que m'ont fait certaines personnes sur un feeling. Je me suis rendu compte que je me gourais moins en prenant un café avec des gens qu'en faisant passer une audition. Je trouve qu'on est jamais aussi bien que quand on vous fait confiance;

J'ai donc bossé avec Marais sur bacchus, puis j'ai enchainé un deuxième spectacle avec lui, ça a duré dix ans. Il m'a confié mon premier festival.

​Parallèlement je jouais aussi au théâtre avec pleins d'autres personnes, c'était vraiment une époque ou je réfléchissais pas trop sur la nature des spectacles que j'avais à jouer. J'étais libre, j'étais payé, j'avais du temps, ça m'amuser, je le faisais !

C'était déjà le luxe mais je n'étais pas dans une recherche artistique. Je vivais ce métier dans le plaisir, dans l'euphorie, juste la joie d'y être et de le faire.

C'est un sentiment qui ne m'a toujours pas quitté, ça reste miraculeux pour moi. Je n'ai pas le sentiment de travailler mais juste de vivre.

J'ai retravaillé avec le gars de la compagnie du sud ouest qui a voulu monter un spectacle musical sur les années 60, c'est devenu un carton qu'on a joué cinq ans. D'abord créé au palais de sports puis repris aux Folies Bergères. Cinq ans de nos vies, deux tournées de plus de 100 dates, les Zeniths, les palais de sports... J'étais totalement à côté de mes repères mais je me suis beaucoup amusé. Au départ, j'étais assistant sur le projet, mais comme Louret à partir du moment ou le spectacle a été écrit n'est plus jamais venu au théâtre pour surveiller, j'ai géré le spectacle.

​Là j'ai appris à bosser et à aimer le travail. En bossant notamment avec les équipes techniques, avec les mecs du son, les régisseurs lumières. C'est un spectacle qu'on a travaillé en permanence et au bout de cinq ans il était incomparable par rapport au démarrage.

Arrivé à la fin de cette aventure humaine, je me suis dit "qu'est-ce que tu vas faire?".

Le problème avec les "gros" succès c'est que ça vous isole, les gens ne vous appellent plus.

J'ai fait comme une dépression en me posant pleins de questions sur le métier. "Pourquoi je fais ce métier ?"" Quels étaient mes rêves quand j'ai commencé à faire ce métier ?" ...

Et là j'ai repensé à une pièce que j'avais vu en arrivant à Paris, c'était la création d'une pièce de Kundera "Jacques et son maître" et je m'étais dis "un jour je voudrais jouer ça" et du coup je l'ai remonté avec des potes. Mais c'était vraiment avec trois bouts de ficelles et des copains. On a pu le présenter à Paris, on a été pris au THEATRE 14. le public et les bonnes critiques étaient au rendez-vous. Du THEATRE 14 on est passé à la Madeleine qui cherchait un spectacle pour sa fin d'année. De la Madeleine à Hébertot puis, nomination aux Molières. J'étais en révélation d'acteur, meilleur spectacle et meilleur metteur en scène.

A ce moment là j'ai enclenché autre chose dans ma vie d'acteur, j'ai compris la nécessité du travail et des choix.

J'aurais pas pu continuer à n'être qu'acteur, c'est à dire, que dans le désir des autres.

Avec des SI...

Comment est-ce que l'on devient l'un des metteurs en scène les plus adulés de la scène parisienne ?

-rires- non non je ne suis pas un de plus adulés.

Moi, mon espace de jeu c'est le théâtre privé, et au théâtre privé, le metteur en scène n'est pas grand chose dans la tête des producteurs. D'abord je pense pas que les gens se déplacent pour le nom du metteur en scène, les gens veulent voir des acteurs, ils viennent voir des NOMS.

C'est d'ailleurs une des difficultés de mettre en scène au théâtre privé, vis à vis des producteurs ou des directeurs de théâtre, le metteur en scène passe toujours après la star. En gros, si vous êtes en conflit avec une star, c'est vous qui dégagez. Ce qui peut poser un petit problème en terme d'autorité et de main mise sur le spectacle, ça limite quand même notre rôle dans ce type de contexte.

J'ai eu de la chance de faire des spectacles qui ont fonctionné, des spectacles un peu atypiques qui se montent pas souvent dans le théâtre privé.

Et dans le théâtre privé, dès que tu as un mec qui fait un succès, tout le monde lui saute dessus pour travailler avec lui. C'est parfois difficile, quand tout arrives et que vous avez beaucoup attendu, de résister a des propositions qui sur le papier peuvent être intéressantes et marrantes.

J'ai surtout essayé de garder la liberté dans mes choix. De ne pas me laisser enfermer, je ne voulais pas devenir le metteur en scène intello du théâtre privé.

Est-ce que devenir metteur en scène s'apprend ? Est-ce qu'il y a une école ?

Non je ne crois pas qu'il puisse y avoir une école de la mise en scène. Je pense qu'il faut avoir le goût de la globalité.

Moi, j'ai progressé en tant qu'acteur en faisant de la mise en scène, ça m'a forcé à me sortir de mon nombril, à prendre les choses d'un peu plus haut, de comprendre à la place d'un personnage, dans une histoire globale, et non pas me précipiter sur mon texte.

Le fait d'avoir travailler dans une compagnie où j'ai fait des décors, des costumes, de la régie, tout ça m'a aidé. C'est vraiment du bricolage.

J'envisage le rôle d'un metteur en scène comme celui d'un chef d'orchestre.

Avec des OU...

Tu as reçu l'année dernière le Molière du metteur en scène d'un spectacle privé pour "Voyages avec ma tante". Qu'est-ce que l'on ressent quand on en reçoit un ? Et qu'est-ce que ça change dans une carrière ?

Pour être honnête, ça fait très très plaisir, même si on sait très bien que c'est qu'une récompense et que ça change pas grand chose.

Les Molières, c'est super quand vous êtes nommés. Pendant le mois qui vous sépare de la nomination à la cérémonie, vous êtes un peu le roi de la fête, tout le monde vous dit bravo, c'est très agréable, il y a une petite fête avec tous les nommés, c'est très sympa.

Le soir où l'on arrive à la cérémonie, tout le monde se tend un peu, la salle est blindée de gens qui espèrent que vous ne l'aurez pas, qui sont largement majoritaires sur ceux qui espèrent que vous l'aurez -rires- Une fois que vous l'avez eu, il y a le diner qui suis, on se bourre la gueule et on rentre se coucher.

Le plus dur c'est de trouver une place pour le Molière quelque part chez soi. -rires- C'est une vraie difficulté car, où le mettre ? Pas trop en évidence parce que si les gens rentrent chez vous et qu'ils le voient direct ça fait vraiment le gars trop fier, mais en même temps pas le montrer du tout c'est un peu con. Il faut vraiment lui trouver une place un peu discrète mais néanmoins un peu là, c'est tout un truc -rires-

Ensuite, il faut refaire un autre spectacle et les difficultés se reposent de la même façon qu'avant le Molière, c'est peut être même encore plus dur, car vous avez cette petite pression supplémentaire d'avoir eu un Molière donc de devoir rendre des comptes.

En gros un Molière ça fait plaisir mais ça change pas votre vie dans le sens ou je travaillais beaucoup avant et je travaille autant après.

Rencontre avec ... Nicolas Briançon

Tu joues et mets en scène des grands classiques aussi bien que des comédies ou des spectacles musicaux. Qu'est-ce qui te pousse a accepter un projet ou non ?

Le plaisir. L'excitation que ça me procure. Je ne sais pas faire autrement.

Depuis 2004, tu es directeur artistique du festival d'Anjou, peux-tu nous en parler ?

C'est le plus vieux festival de France après le festival d'Avignon, qui ont été créé à un an d'intervalle.

Il a été créé par Marcel Herrand. Après sa mort, c'est son meilleur ami Albert Camus qui a pris la relève, s'en est suivi une quantité immense de directeurs et dans les années 70 ça retombe un peu. Il est repris dans les années 80 par Jean-Claude Brialy. Perrin lui a succédé pendant un an et ensuite on me l'a proposé.

J'y ai créé un concours de jeunes compagnies avec un prix, j'ai réussit à y intégrer certaines choses, à le rendre un peu moins festival de "stars" comme à l'époque de Brialy.

L'idée, c'est vraiment d'avoir un festival qui présente toutes les formes de théâtre possibles, ça va du spectacle musical, au boulevard, au spectacle subventionné...

J'adore vraiment cet endroit. On joue en extérieur devant des châteaux. C'est un mois de festival, 27 représentations, c'est vraiment chouette.

Quels sont tes projets à venir ?

Je commence à tourner dans un mois la série engrenages et j'ai le festival d'Anjou au mois de Juin.

Côté théâtre, j'ai une ou deux pièces que j'ai envie de monter...

​Et surtout, j'ai aussi envie de me laisser du temps et de réfléchir à ce que je veux faire.

Je suis ravi de ne pas savoir ce que je fais en Septembre, ça ne m'est pas arrivé depuis longtemps et ça fait du bien.

la question de l'invité précédent ...

 

Question d' Andy Cocq : Nicolas, est-ce que tu m'aimes autant que je t'aime ?

Nicolas : Oh oui !!! Andy c'est un des êtres les plus délicieux que j'ai rencontré de ma vie. Il y a des gens dont on dit qu'ils sont gentils mais qui ne le sont pas vraiment, ils sont juste aimables parce qu'ils ont décidé qu'ils auront un bon rapport avec tout le monde. Andy, lui est profondément gentil. Son regard sur les autres, sur les gens qui l'entourent, sur ses partenaires  est toujours bienveillant. Il est profondément bon, sans jamais être con, ni naïf.

En plus c'est un talent exceptionnel avec une vraie modestie, une façon de jamais s'imposer. J'ai travaillé trois fois avec lui et j'ai envie de rebosser avec mais en le faisant travailler différement la prochaine fois.

Je l'adore Andy, je vais le retrouver en tournée sur IRMA LA DOUCE, je suis très content, c'est mon petit chouchou. Donc la réponse est un immense OUI.

le petit mot dans le livre d'or ...

Rencontre avec ... Nicolas Briançon

MERCI NICOLAS !

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