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Une petite pièce svp !

Une petite pièce svp !

Ce blog est destiné à la promotion de spectacle, faire découvrir de nouveaux artistes, vous faire part de mes coups de coeur et surtout vous donner envie d'aller au théâtre.


Rencontre avec ... Andréa Bescond Partie 2/2

Publié par TARDIEU LAURENT sur 8 Décembre 2016, 10:01am

Catégories : #interview

photo Emilie Deville

photo Emilie Deville

Ton spectacle LES CHATOUILLES a été un immense succès, est-ce que tu ressens une pression pour la suite de tes projets ?

Bien sur que j'ai une pression. D'abord on me pose très souvent la question " mais qu'est-ce que tu peux faire après ça ?", j'ai une pression en tant que comédienne et en tant qu'auteure. 

On a co-écrit une pièce avec Eric, qu'on co-mettra en scène. A la base je voulais la jouer et finalement je me suis dit, épargne toi ça, c'est encore un sujet compliqué.

LES CHATOUILLES c'était quand même dur de le jouer six mois d'affilés, six soirs par semaine, de me replonger dans cette histoire constamment, tous les jours, et de me confronter à l'avis des gens. Ca a été quand même très perturbant, très très dur psychologiquement et il y a un moment ou j'ai perdu pied, où j'ai eu mal. 

Maintenant, j'ai vraiment envie de jouer une comédie, j'ai envie de jouer un truc cool.

C'est pour ça qu'avec Eric, on sera sur cette pièce anglaise qui s'appelle Dancing Lesson. L'histoire d'une ancienne danseuse qui s'est pétée le genou, qui a sa carrière ruinée. Euh ça reste une comédie hein, je le précise -rires-. Ca se passe dans un immeuble et son voisin de palier est un grand génie des sciences, autiste léger, qui ne peut pas toucher les gens et à qui l'on demande, pour une cérémonie à laquelle on lui remet un prix, de faire une danse. Il va donc demander de l'aide à sa voisine et une belle amitié et histoire d'amour vont naitre. C'est une belle pièce vraiment très très jolie. Ca danse mais c'est aussi plein d'humour et plein de poésie, j'avais vraiment besoin de ça.

Comment est-ce qu'on se sent, toute seule, sur la scène du Châtelet ?

Je te cache pas qu'à la base je suis pas une très grosse traqueuse, je travaille justement beaucoup pour ne pas avoir le trac, si j'arrive sur scène c'est que je suis prête. Je me dis les gens vont aimer ou pas, mais en tous cas moi j'ai une proposition claire et précise.

Maintenant le Châtelet c'était encore différent, parce qu'on a répété la veille, c'était en plus la première fois que j'allais jouer avec un micro hf, et je me suis retrouvée toute seule ... c'était marrant parce que j'avais mes producteurs Jean-Marc Dumontet, Stéphanie Bataille et Amélie Brau qui étaient là, je les ai vu s'installer dans la salle et j'ai senti comme un doute planner. Cette petite Andréa, avec sa petite chaise, au milieu de cette si grande salle -rires-. D'un seul coup c'était "wouah wouah wouah est-ce qu'on a pas fait une connerie ?". Et moi même je l'ai ressenti, mais je me suis dit, là, il faut que tu les rassure. J'ai fait semblant de faire une petite répétition à l'arrache alors qu'en fait, je donnais tout -rires- je donnais toute ma life pour essayer de les réconforter dans leurs choix -rires-. Je les ai senti s'apaiser, du coup ça m'a apaisé moi aussi, mais je te cache pas que quand je suis allé me coucher le soir, j'ai eu une grosse crise d'angoisse.

Ma plus grosse crainte était d'avoir un trou de mémoire, le truc complètement débile -rires- c'est complètement con, je me suis dit non, c'est impossible, ton spectacle tu le connais à fond et même si tu as un trou de mémoire c'est pas grave, j'ai pas écrit du Tchekov non plus.

Le lendemain en revanche, je suis arrivé au Châtelet, j'étais hyper détendue, l'ambiance était détendue, j'avais mes copains avec moi qui m'ont accompagné jusqu'au dernier moment. J'aime ça aussi pouvoir être entourée de mes potes. J'avais un de mes meilleurs amis Damien, qui est un peu comme mon frère, que je connais depuis le conservatoire, qui était là, un autre pote Paul qui venait filmer pour faire un making-off et on a déliré jusqu'à mon entrée en scène. Ils étaient en coulisses et je suis rentrée sur scène, on sortait d'un fou rire et voilà, c'était parti.

J'ai aussi tellement senti le public avec moi dès le début, que je me suis régalée. Ceux sont les deux plus belles représentations que j'ai pu faire des chatouilles.

C'était vraiment un moment à part. Ce qui était très beau et très fort, c'est qu'il y'a plein de gens qui avaient déjà vu le spectacle, soit au PETIT MONTPARNASSE, soit lors des showcases au théâtre Antoine, soit à Avignon, mais ces gens là revenaient avec l'idée d'être dans un moment unique, et c'était le cas. Si tu veux, ceux qui ont vu LES CHATOUILLES au théâtre du Châtelet, c'était vraiment pour un moment exclusif, complètement dingue. Et cette standing ovation de ouf, qui a duré une éternité, moi j'étais là et j'arrivais même pas a les arrêter, c'était magique !

Est-ce qu'il y a un retour de prévu pour LES CHATOUILLES ?

J'ai failli reprendre à Paris et finalement ça ne c'est pas fait. Justement parce que je voulais pas réduire la qualité, j'aurais été dans un théâtre magnifique mais j'arrivais après un spectacle qui marchait pas et je voulais pas être un "bouche trou", je suis devenue un peu exigeante avec ce spectacle, très exigeante, je suis carrément chiante même -rires-. Les producteurs sont un peu saoulés à chaque fois mais je préfère pas.

Je pars en tournée en province de Janvier à fin Avril, après je tourne le film et ensuite je pense qu'on va revenir, mais pas comme j'ai pu le faire une série de six mois au Montparnasse, je ferais des dates plus ponctuelles sur de très belles salles.

Un petit Olympia ? 

-rires- ...

Avec des OU ...

Comment est-ce qu'on se sent quand on reçoit un Molière ?

En fait, on m'a tellement dit que je l'aurais ce Molière, c'était horrible, on me disait "évidement c'est toi qui va l'avoir", même mes amies qui étaient nommés me le disaient. Du coup j'avais vachement envie de l'avoir, c'était ambigu parce qu'on me disait tellement que je l'aurais que je savais que si je l'avais pas, je serais déçue. Ce qui est débile, c'est qu'un Molière finalement. C'est super beau d'avoir un Molière mais ça reste une récompense.

 Par contre j'étais vraiment touchée d'avoir l'amour de mes pairs, j'étais touchée que tous ces gens aient voté pour ce spectacle, ça m'a fait du bien, ça m'a réchauffé le coeur. C'était pour moi une jolie preuve d'amour et une validation de la qualité de ce spectacle qu'on a fait avec Eric Métayer. 

Ca m'a fait du bien de pouvoir monter sur cette scène et de pouvoir pousser mon coup de gueule pour la prescription et mon coup de gueule sur l'Assemblée Nationale. A savoir qu'ils votent jamais pour améliorer les situations de toutes ces victimes et qu'ils gardent cette prescription jusqu'à vingts ans après la majorité et qu'ils ne comprennent pas que ce n'est pas suffisant.

Il y a des médias qui ont refusé de me recevoir, ils ne voulaient pas recevoir Andréa Bescond, ils ne veulent pas parler de pédophilie et pour eux, ils n'ont pas à se justifier. Justement si, ils ont à se justifier ! Concrètement, je pense que ça permet de protéger des gens, ils ne veulent pas se mettre en danger par rapport à d'autres gens qui sont bien placés et qui ne veulent pas qu'on leur tape sur les doigts après.

Rencontre avec ... Andréa Bescond Partie 2/2

Est-ce que tu as d'autres projets, d'autres envies ?

J'aimerais bien monter une pièce qu'on a co-écrit avec Eric qui s'appelle "Dégluti ça ira mieux", qui est un pièce sur l'accompagnement, sur l'euthanasie. C'est un autre combat que j'aimerais défendre à long terme, c'est le droit à mourir dans la dignité. J'ai envie de mener ce combat là, mais par contre je ne la jouerai pas, c'est pour deux comédiennes. 

Que peut-on te souhaiter pour la suite de ta carrière ?

De pouvoir avoir la chance de monter des projets, qu'on me fasse confiance. Qu'on me fasse confiance oui, ça j'aimerais bien. Ne pas avoir à courir à droite à gauche pour essayer d'avoir trois francs six sous pour monter un spectacle.

Là je vais faire ma première mise en scène d'un texte de Capucine Maillard qui s'appelle "Quelque chose". C'est un texte sur l'inceste et j'avais envie de me replonger encore une ultime fois sur ce thème là. tout le monde sait maintenant, a priori, que LES CHATOUILLES c'est un petit peu basé sur un histoire auto-biographique et c'est vrai que j'ai besoin de relativiser cette histoire, j'ai besoin d eme pencher sur celle des autres, j'ai besoin d'entendre de mots qui ne sont pas les miens, sur le même type de douleur. Comme je te le disais toute à l'heure, cette année a été vraiment très difficile pour moi, de me replonger dans tous ces souvenirs, de me re-confronter a des flashs, me re-confronter aussi au déni de ma famille, ça a été assez violent. Du coup ça me fait du bien de prendre en mains une autre histoire, celle de quatre femmes qui ont vécu l'inceste et qui le disent avec leurs mots, et de pouvoir les mettre en scène et les mettre en lumière. Ca sera joué au CINE 13 à partir du 8 Mars 2017 pour une quinzaine de représentations. C'est un très beau texte, de très beaux personnages. Il y a aussi un homme dedans et j'avais aussi envie de mettre en avant l'amour qu'on peut porter à l'homme. Dire non, c'est pas la gente masculine le problème, c'est la violence de l'être humain. Montrer que tout ça est une perversité humaine, évidement l'homme est plus victime parce qu'il a des pulsions. Il ne faut pas oublier que pédophile, c'est une maladie. encore une fois mettre en avant l'espoir de s'en sortir, on peut guérir. En vrai non, on peut pas guérir, on peut être réparé. Mon psy me dit, il y aura toujours cette cicatrice, même si cette cicatrice est belle, mais cette cicatrice est là, elle ne disparaitra plus jamais. Je peux faire toute la chirurgie esthétique que je veux, elle sera toujours là. Il faut faire avec, c'est comme ça. Il y a des jours beaucoup plus difficiles que d'autres, des jours où tu te réveilles et tu vois tout en noir, tu comprends pas pourquoi. En fait, si, il faut juste l'accepter.

Je l'accepte de plus en plus. Avant j'étais beaucoup plus dans le déni. Avant LES CHATOUILLES, des fois j'allais mal et je ne savais pas pourquoi. Je me disais mais non, c'est pas ça, c'est rien, tu te racontes des conneries. Maintenant, je sais que tout ça, c'est pas des conneries et j'ai le droit de parfois me pencher dessus et me dire c'est pas facile. Après je relativise, on est en France, j'ai la chance d'être une femme dans un monde démocratique, la chance d'être une femme qu'on écoute, j'ai ce privilège là. 

Il faut relativiser tout ça, c'est une douleur du passé. C'est toujours chiant quand le passé est là, qu'il te rattrape et tout, mais ça reste le passé. Aujourd'hui je me sens privilégiée et chanceuse et j'ai envie de m'accrocher à ça !

 

Rencontre avec ... Andréa Bescond Partie 2/2

MERCI ANDREA !

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